Marc Touati, Directeur général délégué de Global Equities et président du cabinet de conseil ACDEFI, publie régulièrement une chronique vidéo pour NYFP sur le site www.bourse24.tv. Voici retranscrite celle concernant la désinflation actuelle.
Bonjour à toutes et à tous, pour parler cette semaine de la désinflation; certains évoquent meme le risque de deflation.
De quoi s'agit-il exactement? Petit passage obligé par les définitions. L'inflation, c'est l'augmentation du niveau général des prix sur un an; la variation est donc positive. La désinflation signifie que les prix continuent d'augmenter sur un an, mais de moins en moins vite. C'est un petit peu ce que nous vivons aujourd'hui depuis la baisse des prix du baril dont nous parlerons tout à l'heure. Enfin la déflation est le scénario le pire, c'est-à-dire une baisse générale des prix sur un an, donc des variations négatives. Ceci a évidemment tendance à générer moins de croissance car c'est le risque le plus grand en économie : l'offre est supérieure à la demande. Pour que l'offre s'ajuste à la demande, il faut soit que la demande augmente, soit que l'offre baisse.
Comment faire baisser l'offre? Par des faillites, donc du chômage, donc derrière encore moins de demande. L'écart entre l'offre et la demande reste élevé, ce qui est dramatique et a causé la crise de 1929 ou encore celle du Japon, qui étaient toutes deux des crises de déflation.
Nous n'y sommes pas du tout aujourd'hui. Certes les prix ont baissé aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde, mais sur un mois. Sur un an, nous restons toujours sur une variation nettement positive, qui certes va le devenir de moins en moins dans un mouvement de désinflation.
Mais ceci est positif pour la croissance! En effet la croissance est la variation du PIB mesurée en volume. A partir d'une valeur identique, lorsque l'inflation a tendance à baisser, cela augmente le volume du PIB. C'est pourquoi la baisse de l'inflation, donc la désinflation, et je souligne ce terme car malheureusement parfois ils peuvent jouer sur l'opinion et sur la psychologie, va permettre de garder une certaine variation du PIB. Même si on aura des baisses ici ou là, ce seront des baisses de moindre ampleur. Il faut d'ailleurs se souvenir que lorsque l'on a eu des periodes de désinflation, soit lors de la baisse des prix du baril, soit lors des contre-chocs pétroliers des annees 1980, ou dans les années 1990, à chaque fois la croissance a réaugmenté. C'est certainement ce que l'on va vivre en 2009 un peu partout dans le monde, et d'abord aux Etats-Unis où notamment la baisse des prix du baril est très rapidement repercutée sur les prix à la pompe, ce qui n'est malheureusement pas le cas chez nous.
Tout ceci va permettre de soutenir la croissance et le pouvoir d'achat, donc in fine l'emploi. A cela s'ajoutent des taux d'interêt tres bas, un plan de relance budgétaire outre-Atlantique de 175 milliards de dollars. Tous ces facteurs devraient permettre d'améliorer la croissance économique. C'est pourquoi cette désinflation est vertueuse dans la mesure où elle confirmerait qu'il n'y a pas de risque de dérapage de l'inflation comme certains le croyaient il y a quelques temps, et surtout elle permet de donner du pouvoir d'achat.
Pour conclure, certains disent que le baril a trop baissé et que donc il va reflamber demain, mais je vous rappelle qu'il y a encore quelques mois, sur cette chronique, nous étions les très rares, pour ne pas dire les seuls, à voir que le baril allait baisser à 80 dollars. Il a baissé beaucoup plus bas, puisqu'on est passé sous les 50 dollars. On peut trouver un niveau d'équilibre entre 50 et 60 dollars, sachant que la croissance mondiale est ralentie (même si ce n'est pas la récession) et qu'il n'y a donc pas de raison de remonter à des niveaux de 100 ou 150 dollars le baril. Le bon niveau du baril pour la mesure du prix moyen est 25 dollars sur l'ensemble de la planète, mais le prix d'équilibre est globalement autour de 60. Même si on peut remonter à 80, il n'y aura pas péril en la demeure.
Nous sommes dans un contexte que l'on refuse de voir positif, mais il n'y a pas que des mauvaises nouvelles. C'est pourquoi nous gardons espoir dans une reprise aux Etats-Unis au printemps-été 2009, et en Europe été-automne 2009.
Voila ce qui devrait se produire dans les prochains trimestres. Merci beaucoup et à la semaine prochaine.
Retranscription par Francois-Xavier Motte
Bourse 24